Voici une liste avec des réponses aux questions qui nous sont fréquement adressées
Qu’est-ce qu’un féminicide?
Par féminicide, on entend un meurtre lié au genre de la personne tuée. Cela inclut toutes les personnes perçues comme étant de genre féminin: elles ont été tuées parce qu’elles étaient considérées comme des femmes, peu importe si elles se percevaient ou se désignaient elles-mêmes comme telles. Dans ce sens, un féminicide peut également concerner une personne trans, agenre ou non-binaire. On utilise le mot féminicide pour distinguer cette forme de violence, qui a des caractéristiques et un contexte spécifiques, des autres meurtres. Les féminicides reposent sur des idées patriarcales selon lesquelles les hommes cis* ont le droit de posséder et de contrôler les corps féminins ou sexisés (vus ou représentés comme féminins). Cela s’exprime de différentes manières: dans le droit matrimonial et de succession, par l’exploitation économique, le contrôle social ou financier, la limitation de la liberté de mouvement ou la violence physique et psychique – pour ne citer que quelques exemples. Dans le cas d’un féminicide, l’auteur exerce ce droit de possession de la manière la plus extrême possible – il prend une vie, supprime une existence.
Les féminicides sont la pointe de l’iceberg de la violence patriarcale. Ils sont précédés par toute une série d’actes de violence que la société banalise et qui rendent possible la violence mortelle. L’humour sexiste, la domination masculine dans le langage ou la dévalorisation quotidienne des femmes et des personnes queer en font partie. C’est pourquoi on ne parle pas seulement des féminicides, mais aussi de la violence patriarcale en général.
Pourquoi parler de féminicide alors que la cause de la mort n’est pas confirmée?
La police ne reporte presque jamais les morts de femmes en tant que féminicides. Même si on apprend que le partenaire a été arrêté il faudrait attendre le procès pour confirmer du point de vue juridique que c’est bien lui l’auteur du meurtre et donc qu’il s’agit d’un féminicide. Alors que notre gouvernement refuse de recenser les féminicides, le seul moyen pour les collectifs féministes de le faire c’est de se baser sur les informations publiées par la police et les médias. Notre expérience nous montre que quand la police parle d’une femme décédée et d’un homme qui s’est donné la mort par exemple, il est presque certain qu’il s’agit d’un féminicide. Nous examinons chaque cas de mort de femmes publiés et prenons la décision de le recenser ou pas comme un féminicide. Il y a déjà eu plusieurs cas de mort de femmes que nous avons décidé de ne pas recenser en tant que féminicide car il nous semblait que le genre de la victime n’était pas la cause de sa mort. La seule autre option serait d’arrêter de reporter les fémincides et de les invisibiliser ce qui est totalement inacceptable selon nous.
Dans quels cas est-ce que le meurtre d’une femme par un homme ne serait pas un féminicide?
Si il semble que le meurtre n’a aucun lien avec le genre de la victime. Par exemple une femme tuée par un homme lors du braquage d’une bijouterie.
La majorité des auteurs de fémincides sont-ils des étrangers?
Nous considérons cette question comme problématique et peu pertinente. En effet, elle est rarement posée par souci réel pour les victimes de violence. Elle sert souvent à instrumentaliser politiquement la violence contre les femmes et les personnes féminisées dans le cadre de discours racistes ou xénophobes. Pour la personne concernée ou assassinée, peu importe que l’auteur soit suisse ou étranger. Se concentrer sur la nationalité détourne l’attention vers l’auteur et éloigne le regard des expériences et de la situation des personnes concernées et de leurs proches. En même temps, cela détourne l’attention du problème social central: la violence contre les femmes, les personnes féminisées et les personnes queer est exercée par des personnes de toutes nationalités et de toutes classes sociales.
Quiconque souhaite s’engager sérieusement pour la protection des femmes et des personnes queer doit donc non seulement lutter contre la violence patriarcale, mais aussi contre le racisme. En effet, de nombreuses femmes sont victimes de plusieurs formes de discrimination, dont le racisme.
En outre, les statistiques de l’Office fédéral de la statistique (OFS) pour 2024 sur les homicides dans le cadre domestique montrent que le nombre d’auteurs étrangers (28 %) correspond à peu près à la proportion de la population étrangère en Suisse (27,4 %). Outre le fait que nous considérons comme problématique la question de savoir si la plupart des auteurs sont étrangers, les données indiquent donc que les auteurs étrangers ne sont pas surreprésentés dans les homicides commis dans le cadre domestique.
Pourquoi lutter contre les féminicides et pas contre les violences conjugales étant donnée que des hommes sont aussi victimes?
Même si la grande majorité des meurtres au sein du couple sont commis par des hommes, dans certains cas c’est la femme qui tue son conjoint.
Les caractéristiques de ces meurtres sont pourtant souvent complètement différentes. Les homicides conjugaux commis par des hommes sont des crimes d’appropriation tandis que ceux commis par des femmes répondent à une stratégie de protection. Les hommes tuent par possessivité, par peur de perdre leur conjointe alors que les femmes tuent dans la majorité des cas pour se défendre d’un partenaire violent.
Que veut dire “Ni una menos”
Traduit littéralement par “pas une de moins”, Ni una menos est un slogan né en Argentine avant de devenir le cri de ralliement des manifestations contre les fémincides a travers le monde. L’expression a été inspirée par le vers d’un poème de Susana Chávez qui écriait “Pas une femme de moins, pas une morte de plus” avant qu’elle soit victime d’un féminicide.
