Des photos et transcriptions des prises de paroles qui donnent une impression de la force de cette manifestation.



YJK-S – Union des femmes* kurdes de Suisse
Votre guerre – Notre sang
Nous saluons la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes* dans le contexte de conflits et de guerres alimentés par une vision du monde patriarcale. En Palestine, au Soudan, en Afghanistan, au Kurdistan et, malheureusement, dans bien d’autres endroits, des sociétés sont victimes de massacres, de déplacements forcés et de migrations.

Les espaces de vie sont détruits et la mémoire culturelle et sociale des femmes de toutes origines est délibérément effacée. En cette journée, nous nous souvenons avec respect et gratitude de toutes ces femmes* tombées dans la lutte pour la liberté et tuées par la violence de l’État patriarcal. La mentalité patriarcale combat impitoyablement la résistance des femmes par tous les moyens. Les gouvernements dominés par les hommes ont toujours eu peur des femmes rebelles et organisées. Car, par leur lutte, les femmes dénoncent de plus en plus ces politiques destructrices et intensifient la résistance. Cela devient de plus en plus évident aujourd’hui dans les mouvements de libération des femmes qui prennent de l’ampleur dans le monde entier. La plus grande force contre ce système misogyne aujourd’hui est le pouvoir organisé des femmes. Nous devons nous inspirer de la force et de l’héritage de la lutte des femmes – des sœurs Mirabal à Sakine Cansız et Rosa Luxemburg – et redéfinir les valeurs sociales et démocratiques en libérant notre propre pouvoir, en luttant par l’action et en nous libérant par la lutte.

Les violences sexistes sont présentes à une échelle effrayante. En Allemagne, plus de 250 femmes ont déjà été tuées cette année. En Suisse, ce nombre s’élève à 28. Selon les estimations, plus de 80 000 femmes sont tuées chaque année par des violences patriarcales, un bilan effroyable de féminicides mondialisés.
Le féminicide de Dilan K., assassinée par son mari à Ludwigshafen début novembre devant ses enfants, nous montre que nous devons persévérer sans relâche dans ce combat. De tels actes ne sont pas des incidents isolés, mais bien l’expression d’un système patriarcal profondément enraciné.
Depuis des millénaires, la position du sujet féminin est réglementée, domestiquée et disciplinée par des violences structurelles, symboliques et physiques. L’invisibilité sociale, culturelle et politique des femmes, ainsi que l’appropriation de leurs corps, de leurs savoirs, de leur travail et de leur temps, constituent le fondement de ce que nous devons comprendre comme la violence sexiste au sens large. Cette violence n’est ni privée, ni isolée, ni individuelle. Elle est systématique, mondiale et ancrée dans la modernité capitaliste, dont les principes structurels reposent sur les hiérarchies de genre, la colonialité et l’exploitation.

Nous, les femmes, qui luttons contre les schémas de pensée dominés par les hommes et toutes les formes de réaction masculine, et qui nous organisons afin que toutes les femmes soient organisée politiquement, savons que notre lutte collective et organisée est plus importante que jamais.
Le fondement d’une société juste pour les femmes réside dans la réactivation de formes de coexistence communautaires, égalitaires et écologiques. Pendant des siècles, la modernité patriarcale a détruit les pratiques émancipatrices par la colonisation, la capitalisation et la technocratisation. Le développement de communes égalitaires, d’économies solidaires et de structures de décision participatives est donc non seulement un objectif, mais une nécessité.
Pour nous, le 25 novembre n’est pas une journée de commémoration, mais un moment politique. Nous l’abordons avec l’énergie de l’espoir et la radicalité de la pratique féministe. Notre objectif demeure une vie libre de violence – écologiquement, socialement, politiquement, culturellement et épistémiquement.
Vive la lutte collective des femmes.
Jin, Jiyan, Azadi.
Sisters Domestic Violence

Je suis ici pour mon amie qui, après avoir survécu à une tentative de féminicide, a immédiatement fait une déposition à la police pendant plusieurs heures, puis est retournée dans son appartement ensanglanté sans recevoir le moindre soutien ni hébergement d’urgence. En effet, l’agresseur était déjà en détention provisoire.
Par conséquent, nous exigeons :
• Des modules de formation obligatoires et une formation continue pour les professionnel-les
• L’intégration de modules obligatoires sur les violences conjugales, psychologiques et sexuelles, ainsi que sur l’isolement, dans la formation initiale et la formation continue obligatoire pour les professions suivantes :
• Travail social
• Fonction publique et justice
• Éducation
• Sécurité et police
• Médecine et soins infirmiers
Je suis ici pour mon amie qui doit laisser son enfant avec l’agresseur semaine après semaine, annuler des réunions parents-professeurs et autres rendez-vous car elle ne peut rester seule dans la même pièce que lui et souffre de crises de panique qui paralysent sa vie quotidienne pendant plusieurs jours avant et après les faits.
Faute de preuves et de législation adéquate, elle ne bénéficie d’aucune protection.
Par conséquent, nous exigeons
- Une nouvelle loi pénale qui criminalise les violences conjugales faites aux femmes – non plus fondée sur des incidents isolés que les victimes doivent péniblement prouver – mais une loi qui criminalise les mécanismes systématiques et quotidiens de contrôle et de pouvoir, notamment l’isolement, les violences psychologiques, les menaces et l’intimidation, que les auteurs de ces violences utilisent délibérément et stratégiquement.


Je suis ici pour mon amie qui, après des mois passés dans un refuge pour femmes, est retournée vivre avec son agresseur car, en tant que migrante, elle ne trouvait ni logement, ni travail, ni solution de garde d’enfants adéquate, et le refuge l’a forcée à trouver une autre solution.
Par conséquent, nous exigeons :
- Un programme national de prise en charge des auteurs de violences, inspiré du modèle de Saint-Gall
La mise en place d’un programme obligatoire et standardisé de prise en charge des auteurs de violences par la police dans tous les cantons afin de prévenir la récidive et d’assurer une protection durable des victimes.
Je suis ici pour mon amie qui a fui vers un autre pays pour se protéger, elle et ses enfants. Vers un pays où sa situation est considérée comme plus dangereuse qu’en Suisse. Deux ans plus tard, elle est toujours hébergée dans un foyer, interdite de voir sa famille car jugée trop dangereuse, tandis que son agresseur est en liberté conditionnelle en Suisse.
Par conséquent, nous exigeons :
- La promotion de la recherche et de l’enseignement universitaire sur les violences conjugales et sexuelles, ainsi que la création d’une base de données nationale pour l’enregistrement et l’analyse systématiques des cas (violences conjugales, violences post-séparation avec ou sans poursuites pénales parallèles, impact sur les décisions de garde, féminicides).
Je suis ici pour mon amie, qui a été violée et dont l’agresseur, après des années d’indifférence envers l’enfant, a obtenu la garde partagée. Mon amie est aujourd’hui menacée de placement en famille d’accueil si elle n’oblige pas l’enfant à se rendre aux visites prévues, alors même que l’enfant ne connaît pas son père et, surtout, qu’elle ne lui fait pas confiance.
Ces visites concernent un homme qui a commis des abus sexuels non seulement sur la mère, mais aussi sur l’enfant.
Par conséquent, nous nous opposons à :
La garde partagée comme principe par défaut dans tous les cas de violence envers les enfants et les mères, et nous exigeons le retrait des droits parentaux aux auteurs de violences conjugales.
Je suis ici pour mes enfants, mes enfants qui ont ressenti les coups, les coups de pied et la peur alors qu’ils étaient encore dans mon ventre et qui ont ensuite dû assister à bien pire.
Par conséquent, nous exigeons :
- Que le bien-être des mère et le bien-être des enfants ne soient pas considérés séparément.

Je suis ici pour moi-même, car je veux pouvoir un jour me tenir à côté de quelqu’un qui a un couteau à la main dans la cuisine, sans être hantée par des flash-backs et la peur d’être poignardée. Pour moi-même, car je ne veux plus avoir de frayeur à chaque voiture qui ressemble à la sienne, et vérifier la plaque d’immatriculation ne change rien à ma situation. Pour moi-même, car j’ai accompli tellement de choses en seulement 21 mois. Et j’aime être la personne que je suis devenue.
Je suis ici pour moi-même, car je veux pouvoir me défendre, car je suis maintenant capable de me défendre. Par conséquent, nous exigeons :
• Une formation obligatoire de sensibilisation intégrée au service militaire obligatoire
• Une formation pour tous les conscrits sur la question des violences conjugales et sexuelles afin de renforcer la sensibilisation, la prévention et les mécanismes de protection.
Je suis ici en mon nom, au nom de toutes les victimes, au nom des enfants qui ont été et sont témoins des atrocités commises contre leurs proches, au nom de toutes les personnes assassinées, ainsi qu’au nom de leurs enfants et de leurs familles.
Ni Una Menos
2 militantes d’Offensive contre les fémincides
Premier témoignage
Vivante, mais marquée à jamais.
Debout, mais pas entière.
J’ai porté plainte en janvier 2023 parce que j’ai été tabassée à mort à mon domicile.
Je le dis clairement, sans exagération :
On a tenté de me tuer.
J’ai été frappée, humiliée, détruite. Puis laissée comme un simple déchet au sol de mon
appartement, ensanglantée.
Et aujourd’hui, ce n’est pas mon agresseur qu’on remet en question,
mais moi.
Moi, la survivante.
Moi, la femme qui a osé demander de l’aide.
Moi, celle qui a dit la vérité.
Est-ce que vous comprenez ce que cela signifie ?
J’ai survécu.
J’ai fui.
J’ai trouvé la force — ou ce qu’il en restait — pour me rendre à la police.
Quand j’y suis entrée, les jambes tremblantes, le cœur en miettes, les bleus encore visibles,
j’ai dit : J’ai peur.
j’ai dit : Il m’a presque tuée.
j’ai dit : Protégez-moi.
Et on m’a posé des questions.
Sur les faits. Sur ma relation. Sur tout.
J’ai dit la vérité.
Rien de plus.
Et toute cette réalité de violence s’est retournée contre moi et d’un seul coup c’est moi qui suis devenue l’accusée.
Ce qui m’est arrivé n’a rien d’ordinaire et pourtant cela concerne de nombreuses survivantes.
Des procédures baîllons: accusations de diffamation ou dénonciation callomnieuses. Ces procédures sont des armes dans les mains des agresseurs.
Des armes pour faire taire leur victimes.
Mais je vous le dis avec tout ce qu’il me reste de force :
Je ne me tairai pas.
Parce que ce silence, c’est lui qui m’a presque tuée.
Parce que dans ce silence, d’autres femmes meurent tous les jours.
Et parce que ma voix, aussi brisée soit-elle, vaut encore bien plus que leurs mensonges.
On retourne mes mots comme une arme.
On veut faire de moi la coupable.
On veut faire de moi une leçon.
Une menace pour toutes les autres :
“Si vous parlez, vous finirez comme elle.”
Je suis un miroir.
Je montre ce que ce système fait aux survivantes comme moi.
Je suis la preuve que, même après avoir échappé à la mort, il faut encore se battre pour avoir le
droit de raconter ce qu’on a vécu.
Mais je suis debout.
Et je vous regarde, vous qui luttez à mes côtés.
Et je vous le dis ceci :
Je suis vivante.
Et je parle aussi pour toutes celles qui ne peuvent plus.
Celles qui n’ont pas survécu.
Celles qui ont eu peur de parler.
Celles qui ont été écrasées par le silence ou par des procédures faites pour les faire taire.
Et je parle. Pour moi. Pour elles. Pour nous toutes.
Et si aujourd’hui je peux vous parler ici, debout parmi vous, c’est parce qu’il y a eu une victoire.
Le 13 octobre, après un rassemblement devant le tribunal,
après vos voix, vos présences, votre force,
j’ai été acquittée.
Acquittée.
Ce mot, pour moi, n’est pas seulement un verdict.
C’est la preuve que nous ne sommes pas seules.
C’est la preuve que se battre peut renverser ce qu’on croyait immuable.
C’est la preuve que la solidarité, la sororité, peuvent fissurer un système qui nous écrase.
Ce verdict, ce n’est pas seulement ma victoire.
C’est la vôtre.
Celle de toutes celles et ceux qui ont refusé que je sois réduite une nouvelle fois au silence.
Celle de toutes les femmes qui ont vécu la violence et qui continuent malgré tout d’avancer.
Celle de toutes celles qui n’ont pas encore la force de parler, mais qui entendent nos voix et
reprennent espoir.
Je veux remercier celles qui m’ont soutenue, accompagnée, relevée.
Celles qui ont crié avec moi, marché avec moi, veillé avec moi.
Celles qui ont osé en parler, même à voix basse, même avec peur.
Parce qu’à chaque fois qu’une femme parle, à chaque fois qu’une survivante brise le silence,
c’est toute notre chaîne qui devient plus forte.
Mon acquittement est une victoire, oui.
Mais ce n’est qu’une étape.
Parce que tant que d’autres femmes seront accusées d’avoir survécu, tant que la peur voudra nous
bâillonner,
nous continuerons de marcher, de parler, de dénoncer, de lutter.
Merci à vous.
Merci pour votre courage.
Merci de vous tenir debout avec moi.
Et je vous le promets :
tant qu’il restera une femme qu’on voudra faire taire,
je continuerai de parler.

Deuxième témoignage
Du courage il m’en a fallu pour être là aujourd’hui devant vous et oser prendre la parole.
Mais je voulais briser ce silence dans lequel je me suis murée, ce silence qui m’a conduite à nier des violences ancrées à tout jamais dans mon être.
Des violences, j’en ai connu dans mon couple, comme de nombreuses femmes malheureusement. Et quand j’ai demandé de l’aide à un psychologue pour en sortir il a installé à son tours son emprise pour m’agresser sexuellement. Il m’a fallu 4 ans pour en prendre conscience, pour sortir doucement de mon état de sidération. Et je crois qu’il me faudra plus d’une vie pour réparer la blessure qu’il a ouverte en moi. Car oui c’est ça la réalité des violences sexistes et sexuelles, c’est des vies brisées, des femmes qui garderont à jamais des blessures dont elles voudraient se délester.
Mais c’est aussi des femmes fortes qui se battent pour protéger leurs sœurs, leurs filles, leurs amies et qui veulent croire que ce monde peut changer.
Je n’arriverais pas à dire plus aujourd’hui mais je vous remercie d’être toutes là pour défendre nos vies.

Comité d’organisation



Bonjour à tout le monde, ça fait du bien de vous voir ici!
Le 25 novembre est la journée internationale contre la violence patriarcale. Avec cette manifestation autonome, entre personnes TINFA*, nous voulons reprendre possession de la ville.
La violence directe qui nous entoure quotidiennement nous opprime, tente de nous éloigner de l’espace public, essaye de nous isoler, de nous faire perdre espoir et perdre nos moyens. Cette violence fait partie d’un système.
Les agresseurs font partie d’un système. Nous nous rebellons contre ce système d’oppression : bruyamment et avec rage. Nous sommes féministes, antifascistes, ensemble et à l’échelle internationale!
La manifestation est en mixite choisie sans homme cis, nous souhaitons que cette manifestation soit un espace inclusif pour toutes les personnes trans*, inter*, non-binaire, agenre et pour les femmes. Le genre d’une personne ne peut être déterminé de l’extérieur, il repose sur l’auto-définition. Nous souhaitons que toutes les personnes présentes ici soient traitées avec bienveillance.
Notre lutte est contre le patriarcat, le colonialisme et le capitalisme. Ces systèmes d`opression se renforcent mutuellement et fonctionnent comme un tout. Ils poursuivent la logique imperialiste, qui prvilégie le profit à la vie humaine, comme en Palestine ou au Soudan.
Avec la manifestation d’aujourd’hui, nous voulons opposer une perspective d’espoir à la spirale de la violence patriarcale ! Nous créons de nouveaux mondes, libres de toute domination et de toute hiérarchie arbitraire. Libres des conditions structurelles qui nous divisent et nous isolent. Libres du racisme et des hiérarchies de classe. Des mondes dans lesquels le travail du soin et de la vie quotidenne est reconnu, assumé par touxtes et rémunéré équitablement. Nous cultivons des relations dans lesquelles la bienveillance fait partie du quotidien de tout le monde ! Nous brisons les rôles de genre binaires et toutes les normes! Mettons ensemble notre imagination au défi ! Rêvons d’un monde adapté à nos besoins. Luttons avec tendresse et bienveillance pour la liberté et la justice. Nous nous appuyons sur les combats des générations précédentes et nous nous inscrivons dans la longue histoire de la résistance féministe.
Nous sommes nombreusexs et nous sommes bruyantexs ! Et nous savons qu’un autre monde est possible ! Pour une vie autonome et sûre pour touxtes. De la tristesse à la colère, de la colère à la résistance.
